Accident de circulation mortel

Cinq ans de prison pour le conducteur

 

Pour avoir percuté en état d’ivresse deux jeunes cyclistes la nuit du 13 juin 2020, et causé la mort de l’un deux, le prévenu a été condamné à 5 ans de prison, dont un de

sursis, par le tribunal de Tarbes. 

Il est environ 2h18 dans la nuit du 13 juin 2020                           

lorsqu’un groupe de jeunes lycéens regagne

tranquillement leur domicile après une soirée en empruntant la D8,

la vieille route de Bagnères, à hauteur de Bernac-Debat.

Certains adolescents sont en scooters, deux autres sont à vélo avec un éclairage adapté et dans leur couloir de circulation. C’est à ce moment que déboule un fourgon qui heurte dans « un choc très violent » les deux cyclistes à 300 m de la station-service Elan. Très vite, les secours, prévenus par le groupe d’amis, sont dépêchés sur place ainsi que les familles. L’un des cyclistes, Nathan B., 16 ans, est décédé. L’autre, Nathan M., 15 ans, s’en sort « par chance » que grièvement blessé.

Deux circonstances aggravantes

Voila les faits pour lesquels le conducteur du fourgon Pierre M., plombier-électricien sur Bagnères et père d’un petit garçon, était jugé mardi par le tribunal correctionnel de Tarbes. L’homme de 30 ans, en détention provisoire depuis l’accident, comparait pour cet homicide involontaire commis selon deux circonstances aggravantes : conduite en état d’ivresse et non-assistance à personne en danger (il ne s’est volontairement pas arrêté après le choc). L’alcool, d’abord, Pierre M. en est un habitué. Son casier judiciaire fait état d’une condamnation pour conduite dans un état alcoolisé en 2013. Plus encore, le plombier-électricien souffre d’alcoolisme, il reconnait avoir un problème avec l’alcool, « en boire tous les jours » et « beaucoup le week-end ». Ce soir-là, une heure après l’accident, son taux d’alcoolémie est de 0,74 g/L de sang, ramené à 0,68 avec la marge d’erreur, bien au-delà de la limite autorisée (0,5 g d’alcool par litre de sang). Au cours de la soirée, entre le moment où il quitte son travail en fin d’après-midi et celui de l’accident en rentrant chez lui, Pierre M. a consommé environ « 10 verres ». Il s’est notamment rendu dans un bar de Tarbes, où il est un habitué.

Dans un « état de choc »

Lorsqu’il décide de rentrer chez lui et prendre le volant, alors qu’il est clairement saoul, le trentenaire n’est pas seul. Son amie monte également avec lui mais il refuse qu’elle conduise « car elle a aussi bu », mais probablement bien moins que lui. Il discute en conduisant avec sa compagne, lorsque le téléphone de celle-ci se met à sonner. Pierre M. est distrait, il ne regarde plus la route, préoccupé par ce coup de fil tardif. La fille se met à crier « attention vélo » et l’accident survient dans un choc très violent. A ce moment, l’homme se met même à accélérer, alors que c’était son « devoir humain et légal » de porter secours aux victimes de l’accident qu’il a provoqué. « Arrête-toi ! Arrête-toi ! », lui implore son amie, ce qu’il refuse car il « va aller en prison » s’il le fait. Une heure après, une fois qu’il apprend que sa copine l’a dénoncé à la police, ne pouvant plus échapper à sa responsabilité, il décide de se rendre à la gendarmerie (les secours étaient déjà sur place depuis un moment). Au cours de l’audience au tribunal, Pierre M., tête basse et en larmes la grande majorité du temps, s’exprime très peu, la gorge nouée, conscient qu’il risque de passer les années à venir en prison : « Chaque jour, je pense à la famille, aux proches, à ce qu’il s’est passé. Leur peine et leur colère me suivra toute ma vie. Je n’aurais jamais du prendre le volant et j’aurais du m’arrêter. J’étais perdu dans le néant au moment de l’accident, en état de choc. Peu importe la peine, je demande pardon aux familles et aux proches ».

« Voir l’image de son enfant toutes les nuits »

Dans une salle de tribunal comble, avec la présence de nombreux jeunes et amis de Nathan B., le papa, détruit par la disparition de son fils aîné, a alors pris la parole, en sanglots. Un moment terriblement émouvant : « Cette nuit là, vous avez détruit notre famille, détruit un groupe d’adolescents amis. Vous nous avez enlevé notre enfant, notre grand-frère, notre neveu, notre petit-fils, notre ami et notre modèle… Vous ne savez pas ce que c’est d’être réveillé toutes les nuits et voir l’image de son enfant allongé sur le bas-côté. D’entendre les sanglots de sa femme et de ses enfants. Avec vous, nous avons tous pris la perpétuité. » L’un des avocats de la partie civile a plaidé pour expliquer que la famille a été privée « volontairement » de son enfant par les actions de Pierre M., comme de prendre le volant en état d’ivresse ou de s’enfuir après l’accident, et a demandé « une peine exemplaire pour éviter que d’autres petits Nathan subissent ce préjudice à l’avenir ». « Il a détruit des familles et tous les amis de Nathan », avance un autre avocat. Du côté du représentant du prévenu, on a rappelé la nécessité « d’appliquer le principe de personnalisation de la peine, d’entendre les remords et regrets de Pierre M., de penser à ce qu’il va endurer désormais. La justice n’est pas vengeance ou rancœur, elle est juste. » Sur les dix ans de prison encourus, le procureur de la République en a requis sept, avant que les juges ne partent délibérer pour donner leur verdict.

Clement BAUME     https://www.lasemainedespyrenees.fr/