« Ne me la tuez pas une seconde fois » Tel sont les mots de la maman de Léonie 14 ans
Trois ans après la mort de Léonie, 14 ans, percutée sur la rocade ouest de Narbonne, l’émotion a submergé le tribunal ce vendredi 29 mai. Devant une salle comble acquise à la mémoire de l’adolescente, le conducteur poursuivi pour homicide involontaire aggravé et délit de fuite a contesté avoir eu conscience du choc.
Rarement audience pénale n’aura été aussi bouleversante. L’émotion était intense dans la salle bondée, peuplée de personnes vêtues de tee-shirt blanc et rose floqué du visage de l’adolescente auréolé d’un cœur. Une assemblée silencieuse, qui à elle seule symbolisait les attentes lors de ce procès.
Trois ans plus tard, par leur présence, elles ont envoyé un message fort: « Léonie, on ne t’oubliera jamais ». 
C’est dans ce contexte hors du commun que la présidente Clémence Caron est revenue sur des faits sidérants. Le 24 juillet 2023 à 7 h du matin, Léonie, 14 ans et demi, au volant de son scooter est fauchée par une voiture circulant à vive allure sur la rocade RD 6 009 dans le sens Montredon – Perpignan. Quelques minutes plus tard, le conducteur s’extrait de sa voiture dont la course a fini dans un fossé, et, sans revenir sur ses pas, poursuit à pied son chemin à travers champs.
Déni ?
À la barre comme au cours de ses auditions, Romain, 37 ans et père de deux enfants, ne varie pas : 1l assure ne pas se souvenir avoir heurté un obstacle et, sonné après le choc, n’avoir pensé qu’à une chose : rallier son bureau au plus vite.
Ce matin-là, il était en retard à son travail, une société de transport routier située dans la zone industrielle. Deux de ses collègues, ayant vu l’accident et reconnu la voiture en passant, ont pris l’initiative de se rendre sur place et ont aperçu Romain marchant seul en direction de son bureau. Lors de son interpellation, il avait 1,20 gramme d’alcool dans le sang. Il roulait à une vitesse estimée à 130 km/h, avec un permis de conduire suspendu en 2019.
Entre deux sanglots, la maman a expliqué que Léonie, collégienne à Sévigné, passionnée par les chevaux, était sur le point d’entrer au lycée Louise-Michel, avec pour projet de devenir vétérinaire.… « Je ne suis plus rien ; c’est mon enfant unique. Je n’ai plus de futur:
J’ai tenu le coup jusqu’à ce jour, je voulais voir ce monsieur, je voulais que justice soit faite pour mon bébé.
Je vous le demande :
ne me la tuez pas une seconde fois !»
Maître Hammoudi a indiqué que la compagnie d’assurances prenait en compte la concubine du conducteur mais qu’en revanche… elle n’avait nulle trace de ce dernier.
Pour les parties civiles, la famille de l’adolescente, Maître Fourrier a demandé le renvoi sur intérêts civils, la maman n’étant pas consolidée. « Elle a perdu le moteur de sa vie ».
L’avocat met le doigt sur le comportement du conducteur, le nœud central du dossier. « Après trois ans, je continue à chercher vainement les explications, c’est une succession de mauvais choix : conduire alcoolisé et sans permis ». Il souligne « l’absence de conscience : s’alcooliser le soir alors que le matin on sait qu’on va rouler sans permis », et appuie sur « la fuite volontaire pour
s’extraire de sa responsabilité au lieu de chercher à porter secours ».
En requérant 7 ans de prison assortis d’un mandat d’arrêt et l’annulation de son permis de conduire, la substitut du procureur démontre la caractérisation de ces faits d’une extrême gravité :
« Le conducteur a choisi délibérément de s’affranchir de toutes les règles, au drame s’ajoute un acte de grande lâcheté, la fuite du conducteur, que celui-ci conteste!
Il ne pouvait ignorer la collision », insiste Catherine Corvaisier, rappelant les traces rose fluo sur le pare-brise après la violence du choc. Sur les images des caméras des entreprises, « on le voit faire le tour de son véhicule, c’était le chaos: les voitures se sont arrêtées avec leur warning.
Des gens se sont précipités, et lui part sans aller à la rencontre des témoins qui ont vu ce qu’il s’est passé ».
En défense, Maître Calvet estime la peine requise « délirante, qui ne tient pas compte de l’insertion de son client, dont l’employeur
avait gardé la place après son année de détention provisoire ».
Sur le dé lit de fuite, il assure que le conducteur, « hé bété par l’accident, tel un zombie, n’a pas eu conscience de percuter la motocyclette ».
À la fin, Romain s’est adressé à la famille brisée pour faire part de son remords quotidien :
« Sachez que je n’ai pas voulu mentir, je ne l’ai pas vue, c’est incompréhensible, je m’en veux terriblement. Je ne mérite aucun pardon : je suis vivant.
Si je pouvais donner ma vie pour que votre fille revienne, je le ferais ».
Délibéré le 12 juin.
« Véronique Durand »

